Paye ta pige : comparez les tarifs selon le format, le statut et le délai de paiement

Pour repérer les tarifs de pige d’un média, Paye ta pige rassemble des informations utiles aux journalistes indépendants : montant, année, unité de rémunération, mode de règlement et conditions de paiement. Cette base aide à préparer une proposition, à comparer plusieurs commandes et à ne pas juger une offre sur son seul chiffre affiché.
Paye ta pige, une base pour sortir des tarifs au hasard
Les prix des piges circulent souvent de manière fragmentaire, entre échanges entre confrères, anciennes grilles, retours d’expérience et discussions avec les rédactions. Paye ta pige centralise ces repères pour des médias français et francophones. Une fiche peut préciser le nom du titre, l’année du tarif, le montant, la devise, l’unité de travail concernée et le mode de règlement proposé.

Chaque ligne doit toutefois être lue comme un repère de négociation, pas comme une promesse contractuelle. Un tarif dépend du sujet, de la longueur réelle, du niveau d’expertise attendu, de l’urgence, des déplacements, des images demandées et de la relation avec la rédaction. Connaître les pratiques déjà signalées donne néanmoins un point d’appui concret avant d’accepter une commande ou de formuler une contre-proposition.
Ce qu’il faut relever sur chaque fiche média
La date est le premier filtre. Un montant ancien peut rester utile pour situer un titre, mais il ne décrit pas forcément les conditions actuelles. Il faut ensuite identifier précisément l’unité : un feuillet, une page, un article, une journée, une enquête, un reportage, une vidéo ou un forfait ne correspondent pas au même volume de travail. Les remarques peuvent avoir autant de valeur que le montant : supplément photo, exclusivité, plafond de longueur, paiement à parution ou délai annoncé.
- Année : elle indique la fraîcheur du tarif signalé.
- Montant et unité : ils permettent une première comparaison, si les formats sont réellement comparables.
- Brut, net ou non précisé : cette mention modifie la somme perçue ou facturée.
- Mode de règlement : salaire, facture et droits d’auteur ne renvoient pas à la même situation professionnelle.
- Conditions : elles peuvent concerner les photos, les frais, la livraison, la parution ou le délai de règlement.
Lire un tarif de pige sans comparer des unités incompatibles
Comparer 95,22 € brut par feuillet chez Télérama en 2026 à 120 € par article chez TIME France n’a pas de sens sans connaître la longueur, la préparation et les livrables. De même, 88 € net par journée de 7 heures chez RCF en 2026 ne se convertit pas directement en rémunération à l’article. La mission, la disponibilité et les tâches annexes peuvent être très différentes.
Feuillet, page, article et journée : quatre logiques distinctes
Le feuillet est une unité de volume courante dans la presse, mais sa définition exacte doit être confirmée avec le média, notamment en nombre de signes et dans le traitement des espaces. La page dépend de la maquette et peut accueillir des textes de tailles variables. Un article payé au forfait peut couvrir une brève comme une enquête longue. La journée, enfin, rémunère une présence ou une production sur une durée donnée, parfois avec des contraintes horaires précises.
| Exemple de tarif | Ce qu’il rémunère | Point à vérifier |
|---|---|---|
| Le Nouvel Obs : 64 € brut par feuillet | Un volume éditorial défini par le média | Nombre de signes, recherches et éventuels frais |
| Futura : 90 € pour 3 000 signes | Un article avec une longueur annoncée | Temps de documentation et d’interviews |
| TF1 Info : 137 € brut par journée | Une journée de mission | Amplitude, tâches comprises et frais de déplacement |
| AFP : 600 € pour un article avec vidéo et photos | Un ensemble de livrables multimédias | Captation, montage, matériel et cession des contenus |
Avant de calculer, reconstituez le périmètre réel de la commande. Notez le nombre estimé de signes, d’entretiens, de jours de terrain, de photos, de corrections et de livrables. Vous pourrez ainsi comparer deux propositions selon le temps total mobilisé, plutôt que selon une unité trop simple.
Un tarif à la journée peut devenir une béquille fragile lorsqu’il ne tient pas compte de la préparation effectuée la veille, des relances de sources, du dérushage, des corrections et de la disponibilité après livraison. Pour évaluer une mission, posez chaque étape sur une même ligne de temps : préparation, production, échanges, frais, administration et paiement. Cette chronologie montre parfois qu’un forfait apparemment confortable ne couvre pas le travail invisible, tandis qu’un tarif au feuillet correctement défini peut être plus rentable.
Salaire, facture ou droits d’auteur : regarder le montant après le libellé
Le même chiffre n’a pas la même portée selon son mode de règlement. Un montant brut correspond à une base avant les cotisations applicables au salarié. Un montant net désigne une somme après certaines retenues, mais son périmètre doit être vérifié. En cas de facture, le montant annoncé relève d’une prestation et doit être apprécié avec les charges, la TVA si elle s’applique et les coûts d’activité. Les droits d’auteur suivent une logique distincte.
Certains titres acceptent plusieurs modes de règlement. Paris vous aime indique, par exemple, 70 € brut par feuillet en salaire et 105 € par feuillet en facture. Cette différence ne se résume pas au montant affiché. Demandez ce que couvre la commande dans chaque cas, comment seront traités les droits d’exploitation et quelle solution correspond à votre statut.
Les questions à poser avant de confirmer
Une réponse écrite évite les malentendus au moment de la livraison. La commande doit préciser le sujet, le volume ou le format, le montant, le statut de paiement, les délais, les éventuels frais et les droits demandés. Pour une enquête, un reportage à l’étranger, une vidéo ou un portfolio, demandez si la rémunération inclut les images, le montage, les déplacements et les déclinaisons de contenu.
- Le tarif est-il brut, net ou facturé ?
- Quelle longueur, quel nombre de livrables et quel niveau de réécriture sont prévus ?
- Les photos, vidéos, droits de reprise ou exclusivités font-ils l’objet d’un complément ?
- À quel événement le paiement est-il lié : livraison validée, publication ou date fixe ?
- Les frais de transport, d’hébergement ou de matériel sont-ils remboursés séparément ?
Comparer les médias : viser la rentabilité, pas le tarif le plus haut
La base montre de grands écarts selon les supports et les formats. Le Cri est signalé à 65 € brut par feuillet, avec 80 € pour une enquête, tandis que L’Informé est indiqué à 150 € brut par feuillet. Revue21 affiche une fourchette de 100 à 170 € brut par feuillet. Ces chiffres ne suffisent pas à désigner le « meilleur » média : une enquête longue, une recherche documentaire exigeante ou une commande avec déplacements peuvent modifier l’équilibre économique.
Les formats courts peuvent aussi réserver de mauvaises surprises. Siècle digital est indiqué à 12 € par article d’actualité, tandis que Le Journal de Mickey mentionne 60 € par page d’environ 1 500 signes. Il faut rapprocher ces montants du temps de recherche, des sources à joindre, du niveau de spécialisation et de la fréquence des commandes. Une collaboration régulière, avec un circuit de validation clair, peut avoir davantage de valeur qu’une mission isolée mieux payée mais très coûteuse en temps.
Le délai de paiement fait partie du prix
Une rémunération ne se juge pas uniquement au moment de la commande. RESTO Magazine annonce, par exemple, un règlement à 60 jours après parution. Si la publication est décalée, l’encaissement le sera également. D’autres fiches peuvent signaler un paiement à parution ou des retards. Pour préserver votre trésorerie, distinguez toujours la date de livraison, la date prévisionnelle de publication et la date effective de règlement.
Avant de contacter un média, utilisez les informations trouvées comme un repère de négociation, et non comme un argument accusatoire. Présentez votre périmètre de travail, annoncez un tarif adapté au format et demandez une commande claire. Si un tarif paraît obsolète ou incomplet, le signaler contribue à rendre la comparaison plus utile pour les journalistes pigistes.